Allocution sur le Parvis des Droits de l'Homme pour le rassemblement citoyen de Monteux

Mesdames et Messieurs, chers amis Après la réunion extraordinaire du conseil municipal et la délibération solennelle que nous avons votée à l’unanimité, je suis très touché de vous retrouver aussi nombreux ici ce soir, sur cette Place des Droits de l’Homme et je vous en remercie chaleureusement.

Vous vous êtes déplacés malgré la fraicheur de la nuit qui tombe ; vous avez eu à cœur de venir partager l’émotion qui vous étreint depuis cette sinistre soirée du vendredi 13 novembre.

Comment imaginer en effet que des êtres de chair et de sang - a priori des êtres humains comme vous et moi - comment peut-on imaginer que ces êtres humains-là aient pu tuer en rafales, méthodiquement, froidement, avec préméditation d’autres êtres humains innocents venus se divertir ? Comment ces êtres-là ont-ils pu boucler tranquillement leur ceinture bourrée d’explosifs avant de partir à l’assaut et ensuite tirer sur la ficelle parce qu’on leur a dit que les martyrs allaient direct au paradis ? Peut-on parler d’êtres humains en les désignant ? En quoi sont-ils humains ? Le premier à avoir été identifié est père d’une petite fille de 6 ans ; je n’arrive pas à imaginer tout cela.

Oui mes chers amis, devant tant de mystères, je vous remercie chaleureusement d’être là ce soir. Votre présence nous réconforte toutes et tous. On se sent ainsi moins seuls devant l’inimaginable qui dépasse l’entendement.

Déjà, le 9 janvier dernier, nous étions venus nombreux nous recueillir ici-même à la suite de l’attentat de Charlie Hebdo, afin de marquer notre profonde indignation. Le monde entier s’était ému, souvenez-vous ! On était tous saisis d’effroi devant pareille barbarie : 12 morts, froidement assassinés ! On croyait avoir vu l’horreur en face !

13 novembre, le bilan des victimes à ce jour est environ de 130 morts, 300 blessés dont 90 très gravement, des gens comme vous et moi, essentiellement des jeunes, des innocents qui n’étaient là que pour passer un bon moment à un concert, autour d’une bonne table, ou à la terrasse d’un café.

Vous ou moi aurions pu être l’une de ces victimes. Ce crime abominable nous touche tous, c’est un crime contre chacune et chacun de nous, c’est un crime contre l’humanité toute entière. Un palier dans l’horreur absolu a été franchi.

Entre les deux attentats – celui de Charlie et celui du 13 novembre – le Gouvernement a annoncé qu’il en avait déjoué cinq ou six. On est heureux de l’apprendre mais – question – que nous réserve demain ?

Dans leur folie furieuse, les terroristes annoncent que cette attaque n’est que le début de la tempête et un avertissement. Certes ces rodomontades constituent une technique classique pour intimider son adversaire, mais là, avec ces fous furieux, on n’est plus dans aucune norme. Avec eux, on peut s’attendre à tout.

Qu’est-ce que la vie pour eux ? Rien ! Pas même la leur ! Plus rien ne compte ! Ils disent agir pour la gloire d’un dieu très miséricordieux ; là encore, on nage en plein délire ! Pour tout un chacun, la miséricorde c’est l’expression même de la bonté divine, une bonté qui pardonne tout. Mais pour ces fanatiques sanguinaires, où est le pardon ? où est la bonté dans ce qui n’est que bestialité et haine, froideur inhumaine ? La contradiction est totale au point que tout porte à penser que la religion qu’ils invoquent ne sert qu’à endoctriner des jeunes jusqu’au fanatisme total, et que derrière tout ça, il y a un business qui commande.

Oui, mes chers amis, ce soir j’ai envie de vous dire « je vous aime » car je suis convaincu qu’on ne saurait répondre à la haine par la haine, même si au fond de nous celle-ci nous tord le ventre.

Seule une union forte, une union indéfectible pourra nous permettre, à nous citoyens Français et fiers de l’être, de faire face à cette déferlante de haine et de barbarie.

Soyons unis, chers amis, refusons toute division qui touche à l’essentiel de nos valeurs, de notre humanité, de ce qui fait notre civilisation.

L’union fait la force, Unitas Fortitudo, telle est la devise de Monteux, est-il besoin de le rappeler ? Ce soir, notre devise prend tout son sens.

Nous diviser, voilà ce que cherchent les terroristes. voilà le piège grossier dans lequel nous ne devons pas tomber.

Ce que je redoute le plus – je le redoute le plus, car après l’horreur, là est le véritable piège – c’est que, passé le moment de l’émotion, nos mauvais travers vont reprendre le dessus. Nos chamailleries vont reprendre avec mille bonnes raisons. Certains vont chercher à récupérer la situation à leur profit politique. D’autres vont désigner des boucs émissaires, et par amalgame, vont laisser libre cours à un racisme bête et méchant. D’autres encore, peut-être les mêmes, vont prôner un repli sur soi, un repli frileux et sans avenir, bref, un repli mortifère. D’autres et d’autres encore, au quotidien, vont inventer des motifs de division – parce qu’ils sont bêtes ou parce qu’ils y ont intérêt – des motifs de division qui vont nous dresser les uns contre les autres …… et nous conduire où ? – allons au bout du raisonnement – ……à une guerre civile ? …...à une dictature ? Aucune hypothèse n’est à écarter, aucune n’est invraisemblable.

Aussi, mes chers amis, vous toutes et tous qui êtes des gens censés et civilisés, ne nous résignons pas et unissons-nous ; unissons-nous par-delà nos différences qui sont une vraie richesse ; unissons-nous pour résister ; unissons-nous pour garder les valeurs qui font de la France un grand pays civilisé ; battons-nous au quotidien pour que la France reste cette France que nous aimons, la France que nos ancêtres ont construite et défendue souvent au prix de leur vie, la France de la liberté, de l’égalité et de la fraternité que nous avons à cœur de laisser belle et forte à nos enfants.

Oui, mes chers amis, ce soir, alors que nous sommes réunis pour partager notre émotion, lançons un appel, un appel à nos politiques pour qu’ils mettent en sourdine leurs divisions partisanes et qu’ils trouvent un accord sur l’essentiel, sur l’essentiel de l’intérêt général.

Ainsi feront-ils œuvre utile et redonneront-ils au politique toute sa noblesse, toute sa dignité.

J’ajouterai, et cela n’engage que moi, qu’un gouvernement d’union nationale qui dépasserait les clivages des partis ne serait pas pour me déplaire. Je l’appelle même de mes vœux.

Mes chers amis, l’heure que nous vivons est grave, elle justifie que nous lancions un appel solennel, un appel cette fois à tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté pour qu’ils s’engagent, à chaque instant de leur quotidien, à défendre l’essentiel des valeurs qui font que la France est la France. Il en va de l’avenir du monde que nous laisserons à nos enfants. C’est pourquoi, je vais laisser le mot de la fin à Antonin TCHENG, conseiller municipal junior qui va s’exprimer au nom de ses camarades et au nom de tous les enfants de France, en nous lisant un poème d’enfant signé Aïcha :

''Je rêve d'un monde meilleur Où l'amour règne en seigneur Où tous les peuples vivent en paix Dans la dignité et le respect

Je rêve d'un monde meilleur Où on vit tous dans le bonheur Un abri pour les sans-abris Plus personne n'est démuni

Je rêve d'un monde meilleur Où les enfants n'auront jamais peur Où ils pourront en toute innocence Profiter de leur enfance

Je rêve d'un monde meilleur Où la vie aura sa juste valeur Quelle que soit son origine Chaque être traité d'une manière digne

Je rêve d'un monde meilleur Où il y a plus de chaleur Des visages plus souriants Des cœurs plus aimants

Je rêve d'un monde meilleur Qui ne connait ni larmes ni pleurs Pouvoir profiter des petites joies Avoir chacun son libre choix

Je rêve d'un monde meilleur Est-ce donc une erreur? Un jour ce monde rêvé Deviendra peut-être une réalité.''

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